Lettre de Élisabeth à Annie

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Date

1942-01-08

Scripto

Transcription

8 janvier 42
Élisabeth à Annie
ma chère mère
je reviens de la gare de Vaise et ai déballé le splendide colis c’est merveilleux, j’en ai rempli un plein panier que j’ai apporté dans ma chambre pour pouvoir le contempler à mon aise en vous écrivant. 1000 et 1000 merci c’est trop beau et que de desserts en perspective ! Comme justement ces choses rares en ce moment nous allons pouvoir économiser nos confitures.
Je suis arrivée ici samedi dernier et depuis n’est guère eu le temps de vous écrire car figurez-vous ce que Robert m’a appris en arrivant à la gare « les de Bernard nous donnent congé pour le 1er février et reprennent la maison » s’est fort amusant et nous voilà devant un déménagement en perspective ! Depuis je cherche.… Nous cherchons et nous sommes du reste sur plusieurs traces qui s’évanouiront peut-être lorsque nous approchons du but… mais enfin espérons toujours ! J’ai pu un peu attendrir ces propriétaires intransigeants et exigeants car papa est très souffrant en ce moment, très surmené et déprimé et je refuse de le mettre au courant de cela avant que maman ne soit rentrée de Paris ce qui ne va pas tarder j’espère.
Nous voudrions beaucoup nous rapprocher de Lyon mais aussi ne pas trop se nous éloigner d’ici car il y a tant d’avantages pour beaucoup de points de vue ! Mais en ce moment il ne faut pas être difficile car on ne trouve rien presque alors… ! Nous ne sommes pas fâchés du reste de quitter cette maison car tôt ou tard il y aurait eu des ennuis avec ces propriétaires on ne peut être plus odieux et maniaque, et le pauvre Robert pendant les trois jours passés ici en leur présence en a essuyé de toutes les couleurs ! Tout ce que nous avons fait est mal (ils vont même jusqu’à nous reprocher de mettre des plantes vertes aux fenêtres disant que l’escalier n’est pas un jardin d’hiver !) Et tout ce que nous n’avons pas fait est mal aussi.
Cet après-midi je suis montée voir aux ormes une maison de 13 pièces ! Avec un jardin ravissant et les 13 pièces divisées en deux appartements, si nous trouvions quelqu’un pour sous-louer l’autre appartement ce serait bien car c’est vraiment joli mais évidemment de nouveau le même trajet pour Robert. Enfin nous allons peut-être avoir de la chance ! Il n’y a que cela à espérer.
Tout le monde est très gentil pour nous et nous propose des tas d’espoir.
Il fait de nouveau très froid mais beau temps notre tas de bois diminue un peu de façon inquiétant mais le charbon ne bouge pas trop, notre poêle est toujours le rêve et ne consomme guère tout en chauffant très bien ce qui est appréciable. Le vent souffle fort ce soir je suis bien installée à côté de mon feu, la petite table rapportée d’Hyères devant moi et la lumière de la lampe très douce sur mon papier, il fait étrangement calme, je pense à vous et me demande un peu comment passent vos journées, je pense aussi au petit garçon qui dort là-haut et juste maintenant je peux y penser avec douceur et sans cette main qui sert la gorge si durement.
Mercredi nous somme retourné à notre chœur et commençons à travailler maintenant la dernière béatitude de Franck. Dimanches nous devrions prendre le thé chez un camarade de guerre de Robert mais nous nous sommes heurtés à une porte fermée et en avons profité pour aller voir les Thormann. Ils vont tous bien, Françoise était là avec son mari qui semble vraiment très gentil et simple, tante Marie a meilleure mine, ils pensent partir pour Avignon mais ne semblent pas encore en être très certains.
Robert fait maintenant deux trajets en train ceux qui le fatigue moins et il a moins froid de cette façon ; vous a t’il dit que Monsieur Dutroux belles le reprend au commissariat ce dont il est bien content car son travail sera plus défini et net et il pourra ainsi donner plus complètement sans s’éparpiller de tous les côtés.
Le ravitaillement (puisqu’il faut forcément en parler !) Devient de plus en plus dur pour les légumes et je suis bien heureuse d’en avoir rapporté d’Hyères c’est bien précieux en ce moment ! Pour le reste par contre c’est un peu mieux et j’ai l’espoir admirable d’avoir 1 l de lait écrémé samedi c’est quelque chose d’unique ! Un vrai trésor que nous regarderons beaucoup avant d’oser toucher !
Les beaux-parents d’Anne-Marie se sont installés à Hyères au même hôtel que les grands-parents
je ne sais pas si je vous ai dit que ces derniers vont vraiment très bien ainsi que tante Fanny ; ce climat si douleur réussit vraiment bien et ils évitent de cette façon les rhumes et refroidissements perpétuels que tout le monde traîne par ici ! Je me demande ce que font les pauvres gens en ce moment par ces froids terribles avec de la glace partout et le sol tout durci par le gel ! Mais lapin ce sont mieux portés cette fois-ci pendant mon absence que la dernière fois puisque j’en ai retrouvé autant en rentrant qu’en partant mais je ne sais plus bien que leur donner à manger, tout se fait rare.
Il est 7h15 j’espère que Robert rentrera avant huit heures je vais aller préparer le dîner et vous quittes en vous embrassant très affectueusement tous les trois
Zabeth

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“Lettre de Élisabeth à Annie,” Archives familiales, consulté le 16 septembre 2019, http://archives.lutz.im/omeka/items/show/425.

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